L’idée de cette chronique m’est venue après la lecture d’un article publié par le CALACS de l’Estrie, le 16 juin dernier. L’article déplorait la quasi-absence des cours d’éducation sexuelle dans les écoles, qui est plutôt laissé à la discrétion de chaque école et particulièrement de chaque professeur parce qu’aucune personne n’est officiellement désignée pour aborder et discuter de la sexualité. Cet article porte l’une des revendications présente dans le programme de la Marche Mondiale des femmes, qui se déroulera au mois d’octobre; soit des cours d’éducation sexuelle aux valeurs égalitaires dans les écoles.
Depuis 2001, le cours de formation personnelle et sociale a été retiré des écoles
graduellement, dans le contexte de la réforme de l’éducation. Ce cours était le seul où on abordait plusieurs aspects de la sexualité avec les étudiants, comme la contraception, les ITSS, les relations amoureuses etc. Donc, en étant abolie, l’éducation sexuelle des jeunes à l’école a été laissée un peu au hasard. Quand on regarde le nouveau programme de la réforme, on y donne effectivement des pistes ou des possibilités d’intervention par rapport à la sexualité. Les possibilités d’interventions cadrent dans un contexte plus global, avec des propositions assez ingénieuses pour intégrer la sexualité dans les matières déjà enseignées et structurées dans le cheminement scolaire. Comme par exemple, on propose que l’enseignement du français puisse intégrer un élément de la sexualité en amenant les jeunes à faire une composition écrite ou une recherche sur les ITSS. Par contre, ces pistes-là peuvent être appliquées ou non par les professeurs, autrement dit, ce n’est pas de la matière obligatoire. Par contre, lorsque c’est appliqué, ça donne des belles occasions d’intervenir et d’éduquer au niveau de la sexualité, mais ce n’est pas quelque chose de constant puisqu’en d’autres mots, tout dépend de l’enseignant.
Donner une éducation sexuelle dans les écoles sans programme établi ou fixe, ça peut laisser place à des valeurs et des modèles plus ou moins erronés, moins structurés et encadrés. Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise de parler de sexualité, donc certains professeurs aiment mieux ne pas aborder le sujet, par peur de mal nommer les choses, ou de ne pas savoir quoi répondre.
Le problème c’est que si les jeunes adolescents ne peuvent pas avoir accès àdel’information sur la sexualité au sein de l’école, ils vont la chercher ailleurs. Un sondage effectué en 2005 auprès de jeunes canadiens de 14 à 17 ans, démontrait qu’en dehors de l’éducation donnée dans les écoles, c’est principalement par le biais de la télévision et d’Internet que les jeunes allaient chercher leurs informations au niveau de la sexualité. Le bémol avec ces sources d’informations, c’est qu’elles ne sont pas toujours fiables et difficilement vérifiables, particulièrement pour Internet où tout le monde peut diffuser de l’information.
En ce moment, la pornographie est une source de plus en plus importante « d’éducation sexuelle ». Par contre, avec la pornographie, on est très loin des modèles d’égalité entre les sexes et surtout, on est loin des modèles relationnels. Dans le livre Buffet à volonté sur le web, on énonce assez clairement combien la pornographie offre une image négative de la femme, qui est le plus souvent soumise au désir sexuel de l’homme ou même des hommes. La pornographie présente la sexualité comme quelque chose de très mécanique, performant et génitale, il n’y a pratiquement aucun discours alternatif dans ce que la porno présente. En fait on n’est tout simplement pas dans la réalité. Je pense qu’on peut s’inquiéter que certains jeunes associent la pornographie à leurs premières relations sexuelles. Comme les auteurs du livre le mentionne : « La pornographie fait beaucoup pression sur les garçons comme sur les filles, les garçons doivent donner une bonne performance et les filles doivent faire comme dans les films, et surtout le faire très bien ».
Tout va de soi, les simulations de viols collectifs, les trips à quatre, la bestialité et l’éjaculation au visage, pourquoi pas ? Avec la pornographie comme source d’éducation à la sexualité, on peut comprendre pourquoi il est difficile, dans plusieurs cas de jeunes ayant été initiés très tôt à la porno, d’avoir de vraies relations et des liens affectifs réels.
On peut finalement dire que les produits pornographiques sont très pauvres en information au niveau de la contraception, des grossesses non-désirées, des ITSS, des relations amoureuses saines, la confiance et l’estime de soi. Pourtant, ce sont tous des thèmes que les jeunes adolescents ont besoin d’aborder dans leur développement affectif.
C’est certain que l’école n’est pas le seul endroit où il est possible de faire de l’éducation sexuelle auprès des jeunes. D’abord, parce que l’éducation sexuelle ne touche pas seulement les enfants et les adolescents, mais aussi les adultes. Selon plusieurs intervenants de la santé, dont des sexologues qui travaillent sur le site de masexualité.ca, l’école est souvent désignée comme un terrain approprié à l’éducation des notions de la sexualité, entre autres parce que c’est un lieu commun pour tous les enfants et adolescents, on peut même parler de milieu de vie où ils se développent pendant plusieurs années. L’apprentissage de la sexualité peut se faire au même titre que les autres apprentissages scolaires et, plus largement, d’un apprentissage en continu tout au long de notre vie.
Dans un monde idéal, l’école devrait être un lieu de complément d’information ou d’éducation au niveau de la sexualité, parce que la sexualité est très large. Ce n’est pas juste les relations sexuelles ou la contraception, c’est aussi les valeurs sexuelles, notre bien-être, nos émotions par rapport à ça. Mais sachant que les enfants et les adolescents n’ont pas tous accès aux mêmes informations sur la sexualité, par rapport au milieu familial et social, l’école devient un peu comme l’essentiel de l’information donnée en milieu scolaire. L’éducation sexuelle dans les écoles, devient un moyen de diffuser au moins une base fiable à tous les enfants et adolescents (contraception, grossesses, agression sexuelle, ITSS), même si cette base peut paraître limitée en comparaison avec l’étendue des aspects de la sexualité.
Le rôle de l’école est de nous permettre d’apprendre à réfléchir, de nous transmettre des connaissances et aussi de développer notre esprit critique. C’est par ces acquis-là que les jeunes peuvent se questionner sur ce que la société envoie comme images et comme messages sur la sexualité. Parce que l’éducation sexuelle, ça se limite pas à accumuler des connaissances théoriques, ça permet de faire des liens et de questionner certaines pratiques ou certains messages.
Le rôle des parents est important dans l’éducation sexuelle des enfants. On entend souvent les parents parler de leur malaise par rapport aux discussions sur la sexualité avec leurs enfants. C’est souvent parce qu’ils ne savent pas quels mots utiliser auprès des plus jeunes, pour ne pas les « traumatiser ». Avec les adolescents, les parents déclarent parfois forfait parce qu’ils ne savent pas comment aborder la question, parce qu’il est toujours difficile de trouver LE contexte idéal, ou qu’ils sont tout simplement dépassés par les évènements et ont l’impression qu’il est trop tard.
La peur d’être jugé pèse pour beaucoup dans l’absence de confidence ou des questions de la part des jeunes par rapport à leurs parents. Les enfants et les ados sont curieux et leurs questions servent souvent à savoir s’ils sont normaux, dans la norme.
Il y a beaucoup de livres très intéressants qui peuvent guider les parents dans l’explication de la sexualité; les termes à utiliser selon l’âge, les questions les plus posées selon le développement de l’enfant etc. Ça peut aider à se sentir moins dérouté quand notre enfant nous demande par exemple; comment on fait les bébés et ça veut dire quoi faire l’amour?
L’éducation sexuelle c’est de donner un espace aux jeunes pour qu’ils puissent exprimer leurs préoccupations à des adultes qui pourront leur répondre et les rassurer à certains moments aussi. Je crois qu’il est très important d’établir un programme d’éducation sexuelle égalitaire, au primaire et au secondaire de manière obligatoire et avec des personnes qualifiées et à l’aise d’aborder la sexualité avec les jeunes.
Il faut réfléchir à ce qu’on veut faire comme choix de société, et les conséquences que l’absence d’éducation sexuelle au profit de l’éducation par la pornographie peut avoir à long terme.