Il y a plusieurs années, ce qui se voyait en matière de chirurgie esthétique était principalement au niveau des seins, du ventre, des cuisses et du visage. On remodelait, on remontait, on raffermissait et on rajeunissait. Mais en m’attardant à la lecture de plusieurs articles dernièrement, je me suis rendue compte qu’il ne suffisait plus d’avoir une taille, des cuisses et des fesses d’acier. Maintenant, l’uniformité et l’éternelle jeunesse s’étant aussi à nos sous-vêtements, ou plutôt ce qu’il y a en dessous. La liste est certainement beaucoup plus longue qu’avant. Au niveau de la chirurgie des organes génitaux, on peut aller très loin j’imagine au nom de la jeunesse et la beauté…
Chez les hommes, les types de chirurgies esthétiques tournent autour de l’allongement du pénis ainsi qu’à l’augmentation de sa circonférence. Souvent, le pénis est le symbole de la masculinité, la virilité et la puissance ou la performance sexuelle. Pas étonnant que les chirurgies s’attardent principalement à allonger et à grossir ce symbole.
Chez les femmes, on retrouve la vaginoplastie, soit le resserrement du vagin, la liposuccion du Mont de vénus, l’injection d’acide sur le point G pour le rendre plus « facile d’accès », l’hyménoplastie, qui consiste à reconstruire l’hymen et retrouver sa virginité, la labioplastie, soit la réduction des petites et grandes lèvres, le rehaussement du clitoris et le blanchiment de l’anus. Mais l’augmentation mammaire reste pour le moment, la chirurgie la plus populaire, principalement aux États-Unis, avec 236 888 chirurgies d’implants mammaires en une seule année.
La majeure partie de ces chirurgies génitales sont en vogue aux États-Unis seulement. Par contre, on peut observer une certaine tendance au Québec, mais beaucoup plus timide. En ce moment, en plus de l’augmentation mammaire, nous retrouvons surtout la labioplastie et le blanchiment de l’anus au Québec. Contrairement aux États-Unis, nous retrouvons très peu des statistiques et de données au Québec en lien avec les chirurgies esthétiques, particulièrement pour celles des organes génitaux.
C’est principalement par la chirurgie mammaire, qu’on appelle aussi l’augmentation mammaire, que les chirurgies pour atteindre les « standards de beauté » ont débutées. C’est après la Deuxième Guerre Mondiale, mais surtout autour des années 1961 et 1962 que les implants mammaires sont apparus et ont grimpés en popularité. À l’époque, les implants étaient uniquement en silicone, mais aujourd’hui, nous retrouvons aussi les implants à l’eau saline. Les implants en silicone ont fait leur grand retour en 2005, malgré les contre-indications et la mauvaise presse qu’ils ont eu il y a quelques années.
Pour ce qui est de la panoplie de chirurgies esthétiques au niveau de la vulve, du vagin et du pénis, le moment exact de leur apparition dans le monde de la médecine esthétique reste assez flou. Mais on en entend parler depuis quelques années seulement, particulièrement au Québec. Il y a très certainement un lien à faire entre la popularité des chirurgies génitales et l’essor de la pornographie, où tous les organes génitaux sont esthétiques, semblables, normalisés et surtout standardisés.
On peut dire que la pornographique a une influence sur la tendance à la chirurgie esthétique génitale. On retrouve, dans ces chirurgies, autant chez les hommes que chez les femmes, des critères pornographiques et des références stéréotypées en matière de beauté. L’objectif premier des chirurgies esthétiques des organes génitaux est d’embellir et de rendre les organes génitaux plus attirants et désirables. Mais attirant pour qui et pourquoi ?
Cela renvoie aux normes, et les attentes dans la société ! Eh bien, on se rend compte qu’encore une fois, un peu comme pour la beauté en général, les normes sont très strictes et rigides dans une culture obsédée par la jeunesse et la beauté comme la nôtre. On parle alors de vulves épilées ou rasées, de petites lèvres presque inexistantes et de pénis qu’on pourrait qualifier « d’imposants ». L’influence de la pornographie se manifeste aussi par la valorisation de l’image corporelle, et de l’uniformité de cette image. À ce propos, la sexologue Jocelyne Robert a affiché son inquiétude devant ces vulves et vagins maquillés et épilés, qui ressemblent dangereusement aux organes d’enfants pré-pubères, et qui sont très valorisés. La référence à des organes génitaux pré-pubères et surtout considérés comme attirants sexuellement porte effectivement à réflexion.
la pornographie nous présente des modèles standards de beauté en contexte sexuel, mais plusieurs choses participent à cette pression d’être parfait et parfaite, et ce, vraiment partout. On retrouve souvent, spécifiquement chez les femmes, une mauvaise perception de soi, de son corps, qui peut découler d’une mauvaise connaissance de son anatomie génitale et d’une lacune dans l’éducation sexuelle et dans une certaine exploration sexuelle. Les organes génitaux féminins qui sont plus vers l’intérieur, et moins « à la vue » que ceux des hommes, est un facteur qui peut amener plusieurs femmes à s’inquiéter, se sentir anormales et non-désirables. Par exemple, plusieurs femmes ne peuvent situer le clitoris sur une image qui illustre une vulve et certaines croient que les femmes urinent par le vagin, tandis que nous urinons par l’urètre juste au-dessus du vagin. Ces méconnaissances contribuent à une distorsion de la perception de soi, et c’est un terrain propice au mal-être. La chirurgie esthétique génitale apparaît donc comme la solution qui promet d’améliorer cette partie de notre corps et de la rendre conforme à ce que « devraient être ou ressembler » des organes génitaux normaux, sains et désirables.
On laisse aussi entendre parfois, que ces chirurgies peuvent régler certains problèmes sexuels. Il faut faire attention à ce genre de croyance, car une bonne partie des causes de dysfonctions sexuelles ne sont pas physiques mais psychologiques. Par exemple, un pénis plus long ne procure pas nécessairement plus de plaisir à la partenaire ou au partenaire. Il ne permet pas non plus d’être en érection plus longtemps ou d’avoir une érection plus facilement. Par rapport aux dysfonctions, il est souvent question de problème d’estime de soi, de traumatismes psychologiques antérieurs, d’angoisse de performance, etc. Elles s’inscrivent davantage dans une démarche globale, donc les limiter à un simple problème ou « défaut » physique serait une erreur.
Il y a plusieurs courants de pensées dans l’explication de ces motivations. D’abord, est-ce vraiment le choix des femmes d’avoir une labioplastie ou une vaginoplastie par exemple ? Certains auteurs ne parlent pas de choix éclairés, mais plutôt d’une volonté d’adhérer aux normes à force de très grandes pressions sociales. Par rapport à ces normes, on parle aussi de l’envie de répondre aux attentes et désirs masculins, et ce, inconscient dans bien des cas. En quelques sortesun pas en arrière pour l’émancipation des femmes qui subissent encore les impositions très strictes et rigides de la société par rapport à leurs corps. Vous remarquerez ici que je m’attarde plus spécifiquement aux chirurgies féminines, c’est parce qu’à Toronto, les femmes représentent depuis 2003, 85% des patientes pour les chirurgies esthétiques.
Peut-on faire un parallèle entre la chirurgie esthétique génitale et la mutilation génitale des femmes, comme l’excision par exemple. Dans la perspective où la chirurgie esthétique est une violence que l’on fait subir à son propre corps, et dans le cas qui nous intéresse, à nos organes génitaux, on peut effectivement faire un parallèle entre la mutilation génitale et la chirurgie génitale. La mutilation génitale est une pratique ancestrale et un moyen de contrôler la sexualité des femmes en les empêchant, entre autres, d’y retirer toutes formes de plaisir.
Ce type de mutilation est reconnu dans le droit international comme une violation des droits humains, mais l’excision et les autres pratiques du même ordre existent toujours dans plusieurs pays…La chirurgie génitale, pratique plus moderne, prétend donner l’occasion aux femmes de contrôler leur corps de manière consciente et selon leur volonté. Mais l’un des questionnements sexologiques intéressants à faire met en évidence la mince ligne entre le véritable choix individuel et l’importance dans nos décisions des normes sociales. On ne se le cache pas, les standards stricts de beauté rapportent beaucoup d’argent aux cliniques de chirurgies plastiques et aux compagnies gravitant autour des produits de beauté et d’antivieillissement. La beauté et l’attirance sont dans des cases étroites et hermétiques, mais est-ce que c’est réellement nécessaire ? On peut se demander s’il y a un danger de suivre à outrance ce désir d’être dans la norme, qui en passant, change selon le temps. Est-ce vraiment un choix, qu’est-ce qu’un choix libre et éclairé, peut-on parler de vraie liberté de choix quand on parle de critères de beauté ?
Sommes-nous libres quand on pense l’être?! Mais pour revenir au sujet de la chirurgie esthétique génitale, on constate que c’est riche en questionnements éthiques et humains.
Je pense que ce qu’on devrait retenir de ma chronique, c’est la question suivante; quel est le prix et la limite de ce type de chirurgie ? Sommes-nous en train de jouer avec la santé des hommes et des femmes, car ces chirurgies comportent des risques scientifiquement reconnus, mais qu’on connaît encore très peu aujourd’hui. C’est un débat qui prend à peine de l’ampleur et nous en entendrons parler encore un bon bout de temps si on regarde la tendance qui se dessine chez nos voisins du sud, les États-Unis.