Les statistiques nous disent qu’une adolescente sur douze deviendra enceinte avant l’âge de 18 ans, alors qu’une sur mille le sera avant l’âge de 15 ans. Au cours des dernières années, le taux d’avortement a augmenté de 4% par an auprès des adolescentes. Par exemple, au cours d’une année, pour 2168 adolescentes qui deviennent enceintes, 1518 vont se faire avorter.
C’est aux États-Unis que les taux de grossesses et d’avortement sont les plus élevés pour les 15 à 19 ans. C’est presque deux fois plus qu’au Canada. Le pays industrialisé avec le taux le plus bas d’avortement et de grossesses à l’adolescence est la Hollande. La Finlande, la Suède et la Norvège ont des taux beaucoup moins élevé que les pays d’Amérique du Nord.
Il y a plusieurs hypothèses qui peuvent expliquer un faible taux de grossesses à l’adolescence dans ces pays. Par exemple, il y a une approche d’éducation sexuelle plus explicite auprès des adolescents, les services de planification des naissances sont moins médicalisés, les informations sur la contraception d’orale d’urgence sont plus accessibles et on utilise les médias pour promouvoir l’éducation sexuelle et les comportements sexuels responsables et sécuritaires.
Il faut partir avec le fait qu’une grossesse à l’adolescence, donc entre 12 et 18 ans, ça peut arriver dans tous les genres de milieux; défavorisés ou non. Par contre, on constate plus de grossesses menées à terme dans les milieux défavorisés. Dans les milieux mieux nantis, on envisage plus rapidement et facilement l’option de l’avortement lorsqu’une fille tombe enceinte très jeune. Il y a souvent des pressions venant de la famille pour que la jeune fille poursuive ses études.
Dans les milieux défavorisés ou dysfonctionnels, la grossesse durant l’adolescence peut être une « stratégie de survie », par exemple, un moyen de se retirer d’un milieu familial difficile. Une étude faite à l’UQAM par une étudiante en doctorat en psychologie, auprès de 50 futures mères adolescentes, a présenté plusieurs facteurs d’une grossesse à un jeune âge; et effectivement, il n’y pas d’explication unique. La grossesse peut être une manière de se construire une identité, de réaliser quelque chose d’important, se sentir utile et avoir un sens dans sa vie. Les carences affectives, la séparation des parents, l’inceste, le viol, la valorisation de la maternité précoce par les parents, les difficultés scolaires et le décrochage peuvent aussi jouer un rôle comme facteurs dans le phénomène de la grossesse à l’adolescence.
Il y a plusieurs répercussions sociales pour l’adolescente qui donne naissance à un bébé. Il y a un plus grand risque d’être dans la pauvreté, d’avoir un faible revenu dû à une moins grande scolarisation. La mère adolescente risque d’être plus isolée, de souffrir de stress ou de dépression. Le revenu annuel moyen des mères de familles monoparentales qui vivent de l’aide sociale est de moins de 10 000$. Par contre, l’école Rosalie-Jetté, une école pour les adolescentes qui sont enceintes, note une évolution qui est encourageante dans la poursuite des études après la grossesse. Il y aurait de plus en plus de jeunes mères qui entrent au cégep ou qui suivent une formation professionnelle, ce qui permet d’avoir un emploi avec de meilleures conditions et un meilleur salaire.
C’est sûr que la poursuite des études avec un jeune enfant, c’est plus compliqué et ça demande beaucoup de persévérance, mais au bout de la ligne, ça permet à la jeune mère d’être dans une situation moins précaire financièrement.
Il n’y a pas beaucoup d’études et de données statistiques sur la paternité à l’adolescence et le rôle du père dans la grossesse. Certaines données nous disent que dans une bonne partie des cas, le père quitte la mère soit pendant la grossesse ou dans les deux années qui suivent la naissance du bébé. Il y a plusieurs hypothèses en lien avec l’absence du père dans l’entourage de la mère adolescente. Le rôle de père peut sembler très lourd pour plusieurs adolescents, qui ne sont pas prêts à assumer les responsabilités que demande un enfant. Certaines adolescentes, qui veulent combler un manque affectif avec leur enfant ou qui sentent que le père ne pourrait s’occuper de l’enfant, pourrait aussi ne pas désirer la présence du père dans leur vie. Par contre, il est quand même possible que certains pères adolescents prennent leur rôle au sérieux et s’investissent dans leurs nouvelles responsabilités.
Plusieurs études ont démontrées qu’il y a certaines résistances et croyances quant à l’utilisation de la contraception. Elles peuvent être illustrées de deux manières : soit il n’y a pas de moyen contraceptif qui est utilisé, soit il est mal utilisé. On peut nommer plusieurs exemples.
- La prise irrégulière de la méthode contraceptive, comme la pilule. Le fait d’en oublier ou de les prendre à des heures irrégulières augmente le risque de grossesse.
On entend aussi souvent parler des filles qui sont réticentes à demander le port du condom à leur partenaire ou, à l’inverse, des gars qui n’osent pas aborder le sujet...
- La peur de s’affirmer face à son partenaire par crainte d’être rejeté, peut favoriser le fait d’avoir une relation sexuelle non-protégée. Souvent les adolescents peuvent craindre d’aborder le sujet de la contraception et ont peur de refuser de faire l’amour sans condom.
- Parallèlement, la précocité des relations sexuelles amènent parfois les adolescents à faire l’amour avant d’atteindre sa maturité émotive et psychosociale. La maturité sexuelle arrive souvent bien avant la maturité psychosociale. C’est donc plus difficile de négocier les risques liés à une sexualité active, donc concrètement, la contraction d’ITSS, les grossesses etc.
Prévoir un moyen de contraception et s’organiser peut être plus difficile à l’adolescence, où on vit souvent dans le moment présent et où on trouve pas toujours les moyens, notamment financièrement, pour subvenir à nos besoins.
- L’absence de motivation peut aussi être présente à l’adolescence par rapport à la contraception. Par exemple, l’utilisation de la pilule demande une certaine discipline. En ce qui concerne le condom, il est souvent utilisé en début de relation amoureuse, mais est abandonné dans plusieurs cas quand la relation devient stable.
Encore aujourd’hui plusieurs mythes courent toujours. Entre autres, on entend encore que la fille ne peut pas devenir enceinte lors de sa première relation sexuelle, qu’une fille ne peut devenir enceinte si elle n’a pas encore eu ses premières menstruations, qu’il est impossible de devenir enceinte lors de ses menstruations, si le garçon se retire avant l’éjaculation, il n’y a aucun risque de grossesse, qu’une fille ne peut devenir enceinte si elle n’a pas eu d’orgasme ou encore… qu’une grossesse ne peut arriver si la relation sexuelle a lieu debout ou avec la fille sur le dessus.
L’éducation sexuelle dans les écoles est d’autant plus importante quand on entend toutes ces fausses croyances sur la grossesse et les statistiques du nombre d’adolescentes enceintes. Il y a encore du travail à faire.
On n’en sort pas, les mots clé sont la prévention par l’éducation sexuelle auprès des jeunes, bien avant l’adolescence. L’éducation sexuelle n’est pas seulement pour la prévention de la grossesse, il y a aussi la promotion des relations amoureuses égalitaires.
En ce moment, le Réseau de la santé et des services sociaux mise, entre autres, sur la prévention mais aussi sur le soutien au moment de la prise de décision sur l’issue de grossesse (que la décision soit l’avortement, l’adoption ou de mener à terme la grossesse) en plus de soutien aux jeunes parents lorsque la grossesse est menée à terme. Ce qu’il faut retenir de ma chronique, c’est qu’une grossesse à l’adolescence implique plusieurs aspects, n’a pas d’explication unique et qu’une partie de la solution se retrouve dans l’éducation sexuelle que l’on donne aux jeunes.