Il y a un lien intéressant à faire entre la représentation des genres et la vision de la sexualité dans les films d’horreur, concernant l’image des garçons et des filles dans les médias en général comme les publicités, les vidéoclips et les émissions de télévision. Le cinéma ne fait pas exception à la tendance, particulièrement les films d’horreur où les messages sur les rôles des garçons et des filles, ainsi que sur la sexualité sont très présents. C’est d’autant plus actuel d’aborder le sujet quand on sait qu’il y a plus de 25 films d’horreur qui ont été sur nos écrans seulement en 2010, et qu’une dizaine de films sont déjà annoncés pour 2011.
Le concept de la représentation des genres englobe la manière dont on illustre et on présente les hommes et les femmes, leurs rôles, comportements et attitudes respectives. Notre vision des relations entre les deux sexes; les relations amoureuses et sexuelles font aussi parties de la représentation des genres. Dans plusieurs médias, la manière dont on parle et on montre les garçons et les filles est encore stéréotypée, c’est-à-dire préconçue et limitée. Il ne faut pas oublier que la vision des hommes et des femmes, de leurs sexualités et leurs relations, peuvent varier d’une société et d’une époque à l’autre.
Il y a eu, historiquement, une certaine évolution dans la manière d’aborder et de présenter le sujet, effectivement. Les premiers films d’horreur répertoriés arrivent dans les années 1920, mais jusque dans les années 1960, la représentation de la sexualité dans les films était interdite par les lois fédérales dans plusieurs pays, entre autres aux États-Unis.
Même si l’illustration de la sexualité était interdite durant cette période, on assistait tout de même à l’illustration de la féminité et la masculinité et à la présentation des interactions entre les personnages des deux sexes. On y voyait une certaine tendance : des personnages féminins traqués, persécutés et en danger, qui était sauvés par les personnages masculins de l’histoire. On peut prendre l’exemple du célèbre film King Kong présenté pour la première fois en 1933. C’est dans les années 1960 que le cinéma a commencé à pousser les limites de ce qu’il montrait à l’écran, au plan sexuel et amoureux. Des années 1960 à maintenant, il y a eu une très grande évolution, tant par rapport au contenu violent des films d’horreur, qu’aux messages sexuels qui étaient envoyés au public.
Parallèlement à ça, l’attitude des sociétés canadiennes et américaines ont aussi changées sur la sexualité; les pratiques sexuelles, les rôles socio-sexuels, ce qui féminin et masculin, etc. La révolution des années 1960 et la diminution de la présence religieuse jouant pour beaucoup. Le cinéma d’horreur qui a suivi les années 1960-1970 était beaucoup plus sanglant et explicite. Les scènes érotiques et sexuelles sont devenues aussi beaucoup moins suggestives et plus explicites dans les films d’horreur, comme dans le cinéma en général. Peu importe le type d’horreur exploité dans ces films; les tueurs en série, les zombies, les requins, les extra-terrestres ou les exorcistes, il y a presque immanquablement des scènes où la sexualité et les allusions sexuelles sont présentes. On peut dire que les années 2000 marquent le retour en force des films d’horreur et « remake » des années 1970 et 1980…
Par contre, les représentations de la sexualité et des rôles hommes-femmes dans les films d’horreur sont restées en général assez stéréotypées, et ce, malgré plusieurs avancées au niveau du statut et des droits des femmes.
Les personnages féminins de victimes de tueurs en série au cinéma sont encore trop souvent de belles filles un peu idiotes, avec de gros seins, qui s’enfuient en sous-vêtements ou en chemise de nuit, mais qui se font toujours rattraper… Le jeune couple qui fait l’amour en cachette pendant une fête ou dans une auto sur une route perdue est aussi assez susceptible d’être la cible du tueur. La seule façon de s’en sortir à la fin d’un film d’horreur, selon plusieurs scénarios, est encore d’être et de rester vierge !! Si on perd notre virginité pendant l’histoire, on a beaucoup de chance de ne pas se rendre à la fin !
Donc, un petit résumé : les personnages de l’histoire sont catégorisés et stéréotypés; on retrouve encore souvent la fille facile, l’intellectuelle, la vierge, le garçon manqué, l’homme de la situation, les blondes sexy… et j’en passe.
Mais on se rend compte qu’on en revient à l’image catégorisée des garçons et des filles présente dans un bon nombre de médias; on ne réinvente pas vraiment la roue. Le constat est que les personnages féminins ont rarement le pouvoir sur la situation dans le cinéma d’horreur. On les présente souvent dans des mises en scène de fuite face au danger. Petite parenthèse, la réaction de fuite devant le danger n’est pas mauvaise en soi et est tout à fait normal. Par contre, la réaction de fuite est souvent associée aux filles dans les scénarios, tandis que les personnages masculins vont plus vers l’affrontement, la confrontation, l’action.
On constate donc que très peu de films d’horreur présentent des personnages féminins plus indépendants et moins sexualisés. On peut se poser la question sur le message qu’envoie les films d’horreur sur les attentes envers les gars et les filles, sur leurs attitudes, comportements et leurs interrelations.
Le message est tout aussi préoccupant, car les adolescents sont le principal public cible des films d’horreur. Encore une fois, le problème n’est pas nécessairement la présentation de scènes érotiques et sexuelles, dépendamment du public, mais plutôt le message très stéréotypé derrière les caractéristiques des personnages et des scènes sexualisées. Bien souvent, les scènes où l’on présente de la sexualité n’apportent pas grand chose, voir rien du tout à l’histoire. C’est souvent le corps des femmes qui est utilisé et illustré dans les scènes de violence et de sexualité.
Selon moi, ce genre de scène s’est banalisé avec le temps… si on pense à une agressions sexuelles, des coups, un affrontement, etc. L’impact sur les adolescents est considérable, au même titre que les messages véhiculés par les publicités et les téléréalités par exemple. Les adolescents sont encore très malléables, et ils reçoivent les messages qu’on leur envoie sur les attentes envers les comportements et attitudes « masculines et féminines ». Dans la majorité des films d’horreur, les scénarios attribuent des qualités beaucoup plus « passives et soumises » aux filles qu’aux garçons. Comme je l’ai dit un peu plus tôt, les personnages féminins sont souvent plus dans la fuite, la peur, le silence, et on peut même aller un peu plus loin dans l’analyse en disant qu’elles sont aussi souvent sous la protection des personnages masculins. Le courage et la créativité des stratégies de survie sont davantage retrouvés chez les hommes dans ces films.
L’impact potentiel sur le public cible est tenu en compte dans le classement des films, mais on peut questionner l’efficacité de ce classement. D’abord, le système de classement des films d’horreur, comme les films en général, est fait par la Régie du Cinéma du Québec. Depuis les années 1960, la censure au cinéma n’existe plus, d’où la pertinence du classement par âge. Selon la Régie, le classement cherche à refléter l’impact du film sur les jeunes spectateurs. C’est principalement les éléments comme la violence, la sexualité et le langage vulgaire qui sont pris en compte pour désigner si un film d’horreur s’adresse à des jeunes de 13, 16 ou 18 ans et plus. Mais au-delà du classement, c’est l’accessibilité du film qui doit être prise en compte. La présence et le jugement des parents sont essentiels, car rien n’empêche le visionnement de ces films à la maison par exemple.
Le rôle des parents et des adultes autour des jeunes adolescents est important pour filtrer les médias et nuancer leurs propos, car on est en quelques sortes ensevelis d’images et de messages.Donner des outils aux adolescents pour réfléchir et rester critiques face à ce qu’ils leur sont véhiculés.
Les parents ne peuvent pas toujours être derrière eux pour rectifier ce qu’ils voient !
L’objectif de ma chronique n’est pas de bannir les films d’horreur, j’ai été moi-même une grande « fan » de ce genre de films. Par contre, je crois qu’il est important de prendre conscience des messages stéréotypés présents dans ces films et de l’impact potentiel de ces représentations hommes-femmes dans la société…spécialement chez les jeunes spectateurs. Les films d’horreur ne sont pas les seuls responsables de cette vision stéréotypées, ils font parties d’un ensemble de médias…mais ils contribuent au renforcement de cette vision.