La violence faites aux femmes

30 septembre 2009 écrit par Carole-Anne Écouter la chronique

J’ai remarqué, au cours de la dernière année, le nombre important de « drame conjugale », qui est en réalité un meurtre conjugal et la plupart du temps le meurtre de la conjointe. Dans les médias, on parle du drame de Laval en mars 2009, celui de Gatineau en décembre 2008, celui de Pointe-Claire en juillet 2009 et plus récemment celui de St-Jean de Matha au mois d’aout dernier. Ces crimes sont inscrits dans une dynamique de violence conjugale et de contrôle. Je me questionne donc beaucoup sur l’égalité des rapports hommes-femmes que l’on dit avoir atteint dans notre société québécoise, et surtout sur la présence encore assez répandue de cette violence envers les femmes. Est-ce qu’on est si libérés des stéréotypes et si près de l’égalité des sexes ? Je pense que c’est important de s’intéresser à la question.

Il existe plusieurs statistiques à chaque année sur la prévalence de la violence conjugale au Québec, mais le problème, c’est que ce ne sont pas toutes les victimes de violence conjugale qui dénoncent leur conjoint à la police ou qui portent plainte. Les statistiques ne donnent donc pas de portrait complet, un peu comme au niveau des agressions et abus sexuels. La sécurité publique du Québec indique quand même qu’un peu plus de 17 000 voies de faits ou infractions en contexte conjugale sont signalés au cours d’une année, dans environ 85% des cas, les victimes sont des femmes. Les voies de faits déclarés peuvent être simples, armés ou graves.

La violence conjugale peut être de plusieurs types; physique, psychologique et verbale, sexuelle et économique. La violence physique c’est des coups, des claques et tous les gestes qui entrainent des blessures physiques. La violence psychologique et verbale sont plus subtiles, c’est des insultes, du dénigrement, des menaces, des commentaires blessants sur sa manière d’être ou son apparence, privation de sommeil et de nourriture, chantage etc. La violence sexuelle est souvent illustrée comme des relations et gestes sexuels forcés, dénigrement ou humiliation durant la relation sexuelle, usage de la force ou des menaces pour obtenir des activités sexuelles. Finalement, la violence économique, c’est d’empêcher quelqu’un d’être indépendant financièrement, obliger l’autre de ne pas travailler ni aller à l’école, ne pas subvenir aux besoins essentiels, empêcher l’autre d’avoir accès au compte bancaire et aux ressources financières. Globalement, la violence conjugale c’est le pouvoir d’un individu sur l’autre dans la relation amoureuse, chercher à contrôler l’autre et le maintenir dans un état d’infériorité. La violence conjugale compromet évidemment l’intégrité physique, psychologique et sexuelle de la victime (CRI-VIFF).

Si on regarde l’historique du droit des femmes, l’égalité ou les tentatives d’égalité entre les hommes et les femmes ne datent pas de si longtemps. Par exemple, en 1890, le code civil illustrait les femmes comme des incapables devant la loi, au même titre que les fous et les enfants. Leur mari devait signer pour elle et si elles travaillaient, leur salaire allait à leur mari. Il a fallu attendre 1918 pour que les femmes aient le droit de vote au fédéral et 1940 pour qu’elles l’obtiennent au Québec. Avant 1929, les femmes n’avaient même pas le statut de personne à part entière au Canada.

Dans le domaine de la sexualité, il a fallu attendre 1983, donc il y a un peu plus de 25 ans, pour que le viol conjugal soit reconnu aux yeux de la loi. Avant cette date, le code criminel ne reconnaissait pas le viol conjugal comme un crime, le conjoint ne pouvait donc pas légalement être accusé d’agression sexuelle sur sa femme en contexte marital. La femme était encore considérée, ni plus ni moins comme la propriété sexuelle de l’homme. Le message qui  en ressort est que le consentement de la femme est acquis en contexte marital, on en revient au « devoir conjugal » et à celui de la « bonne épouse ».

Finalement, ce n’est qu’en 1986 que des politiques concrètes d’intervention en violence conjugale ont été mises sur pied. En 1995, on assiste aussi à une campagne de sensibilisation contre la violence conjugale, et la norme officielle dans la société devient de ne plus tolérer cette violence faite aux femmes. On peut alors parler de la violence conjugale comme d’un crime.

Selon l’approche féministe, la socialisation des femmes, donc la manière donc elles sont éduquées à l’enfance, participe beaucoup à la justification de la violence et du contrôle sur elles. Les jeunes filles sont socialiser encore souvent aujourd’hui de manière à se centrer sur les besoins de l’autre, à s’oublier, à plaire et suivre la norme. Les qualités féminines relèvent souvent de la douceur, la compréhension, la tendresse, l’émotivité, la sensibilité, la créativité et le savoir plaire. On associe plus rarement féminité et agressivité, leadership et pouvoir. La socialisation des filles est même encore plus restrictive que celle des garçons au niveau de la sexualité. Même si on n’exige plus d’être vierge jusqu’au mariage, la virginité est plus valorisée envers les jeunes filles que les jeunes garçons.

Comme société, il faut refuser de justifier la violence faite aux femmes, responsabiliser l’agresseur au lieu de la victime et surtout dénoncer les gestes de violence dont on est témoin pour pouvoir aider les femmes victimes de violence conjugale et ne plus accepter la violence faite aux femmes, peut importe la raison et le type de violence.

En terminant ma chronique, j’aimerais laisser le numéro de SOS Violence conjugale, pour avoir un soutient, de l’écoute ou une place en maison d’hébergement, c’est le (514) 873-9010.