Cet été, j’ai lu dans un magasine une entrevue avec l’auteur Jean-Philippe de Tonnac. Il est l’auteur d’un livre qui observe une plus grande popularité de l’abstinence sexuelle dans nos sociétés. Son livre s’appelle « la révolution asexuelle », et il met en contraste le choix de l’abstinence sexuelle chez plusieurs personnes et l’omniprésence de la sexualité dans notre société. Ça m’a fait réfléchir sur le phénomène, et quand je me suis mise à en parler avec mes amis, je me suis rendue compte qu’on considère presque plus tabou ou intimidant de dire qu’on ne fait pas l’amour par choix que de parler de ses expériences sexuelles ouvertement.
L’abstinence sexuelle pourrait être le nouveau tabou sexuel, même si on entend souvent qu’on s’est libéré des tabous de la sexualité et que celle-ci est devenue très explicite et parfois même banalisée.
Quand on parle d’abstinence sexuelle, il y a plusieurs définitions et contextes qui peuvent y être associés. En général, l’abstinence sexuelle ça réfère surtout à l’absence de relations sexuelles et de stimulation sexuelle. L’abstinence sexuelle peut durer quelques semaines, mois ou années, et parfois même toute une vie.
La question piège, c’est qu’est-ce que comprend la relation sexuelle? C’est pour ça que ça devient un peu compliqué, certains vont s’interdire la pénétration, d’autres vont s’abstenir de caresses intimes (avec les doigts ou la langue), d’autres vont aussi mettre de côté la masturbation, ça dépend des personnes.
L’abstinence sexuelle peut avoir plusieurs motivations. Par exemple, l’abstinence avant le mariage; moins présente aujourd’hui, mais qui était surtout présente avant les années 1960 parce que la sexualité pré-maritale et le fait d’avoir des enfants hors-mariage étaient mal vu. On voit aussi l’abstinence sexuelle comme une entente entre les partenaires du couple comme moyen de contraception dans certaines périodes du mois. Finalement, ça peut aussi être simplement un choix personnel, selon nos valeurs, la religion, les évènements qui nous arrivent dans la vie.
Le sens de ma chronique, c’est surtout de comprendre en quoi le fait de s’abstenir de relations sexuelles peut devenir tabou dans notre société. J’ai trouvé des petites hypothèses en me questionnant sur la place de la sexualité et sa fonction de nos jours.
Je pense qu’il faut s’intéresser aux magazines, publicités et à la télévision pour comprendre ce que peut représenter l’abstinence sexuelle dans notre société. À d’autres époques, surtout pour les filles, c’était valorisé de ne pas avoir de relation sexuelle, de se « garder » pour la personne avec qui ont passerait sa vie, la virginité était alors une valeur très importante.
Aujourd’hui, on est plus dans une sexualité de performance, presque acrobatique. Le sexe vend, on le voit dans tout, ça donne un peu l’impression qu’il faut absolument avoir une vie sexuelle, et active ! C’est très valorisé par les médias, en fait, on nous vend l’idée finalement que le sexe rend heureux. Même au secondaire, il faut ne pas dire trop fort si on est encore vierge, ce n’est pas toujours très populaire.
Donc si on vend l’idée que le sexe rend heureux, il est difficile d’imaginer d’être bien dans l’abstinence sexuelle, la vision de l’abstinence est relative finalement. Relative à l’époque, à la vision de la sexualité. Ça explique qu’aujourd’hui les gens qui ne font pas l’amour sont un peu regardés de travers, alors qu’il y a 100 ans, c’était ceux qui avaient une vie sexuelle active sans être mariés qui étaient pointés du doigt.
On peut se demander qu’est-ce qui est normal dans tout ça. C’est correct de faire l’amour si on en a envie et c’est tout aussi bien de choisir de ne pas avoir de relation sexuelle. L’important finalement c’est de faire des choix qui nous ressemblent et dans lesquels on est confortable.
C’est souvent une question du respect des choix des autres. C’est difficile de dire que c’est impossible de vivre heureux sans sexualité parce qu’en disant ça, en fait, on s’appuie sur nos valeurs/expériences qui ne sont pas nécessairement celles des autres.
Il ne faut pas oublier qu’on peut quand même exprimer de la tendresse, des baisers ou des caresses en étant abstinent. L’abstinence ne veut pas dire ne pas aimer ou ne pas s’épanouir, c’est juste de ne pas avoir de relations sexuelles pendant un certain moment ou toute sa vie. Souvent dans notre vie, on a des moments d’abstinence volontaire ou « forcé », des fois on ne s’en rend même pas compte, et ce n’est pas si dramatique que ça.
Pour conclure ma chronique, je dirais que l’abstinence sexuelle peut être tout à fait vécue de façon saine, comme les relations sexuelles aussi le peuvent. C’est des choix sexuels personnels à chacun, qui sont plus ou moins bien vus et acceptés, dépendamment de l’époque et de la société dans laquelle on vit. Prenons donc en considération toutes les formes de sexualités qui existent et toutes les formes d’abstinence sexuelle aussi en essayant de rester ouvert!